[Beaux-arts/Archéo/Histoire] Entre luxures et découvertes...

Démarré par Damien, 15 Novembre 2013 à 19:58:08

« précédent - suivant »

0 Membres et 1 Invité sur ce sujet

Rincevent

Tiens, je ne suis pas surpris mais je n'avais pas entendu parler de ça jusque-là.
Spoiler
CitationAu lendemain de l'attaque de Pearl Harbour, 1 340 membres de cette communauté ont été arrêtés dans l'archipel français, à l'exemple des États-Unis. Exilés en Australie et dépossédés de leurs biens, ils n'ont jamais pu revenir à Nouméa, où certains avaient laissé une famille.
page 16

L'attaque japonaise sur la base de Pearl Harbour, le 7 décembre 1941, est un tournant majeur de la Seconde Guerre mondiale. Cet assaut, le plus meurtrier perpétré sur le sol américain par une puissance étrangère, sidère Washington, qui s'était jusqu'alors gardé de prendre une part active au conflit, et provoque son entrée en guerre.

Mais avant d'envoyer ses « boys » en Europe et de l'autre côté de l'océan Pacifique, les États-Unis veulent faire disparaître tout risque de menace intérieure... Dans les semaines suivantes, plus de 120 000 civils, Japonais et Américains d'origine japonaise, présumés coupables d'espionnage, sont arrêtés arbitrairement et internés dans des camps.

Cet épisode de l'histoire est connu. Ce qu'on sait moins, c'est que la France a fait la même chose... en Nouvelle-Calédonie, qui a coupé les ponts quelques mois plus tôt avec le régime collaborationniste et rallié la France libre. Premier gouverneur de l'Empire colonial français à répondre à l'appel du général de Gaulle, Henri Sautot ordonne, dans les jours suivant l'attaque de Pearl Harbour, l'arrestation de tous les ressortissants japonais présents en Nouvelle-Calédonie, 1 340 personnes, essentiellement des hommes, puis les fait enfermer dans des camps à Nouméa.

Déportés à bord de quatre navires

« Il faut se rappeler qu'à cette époque se préparait la bataille de la mer de Corail (au cours de laquelle les Japonais vont envahir les îles Salomon, une partie de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et bombarder le nord de l'Australie, NDLR). Et, dans cette ruée vers le Sud lancée par les Japonais, la Nouvelle-Calédonie était la prochaine étape » , explique Philippe Palombo, directeur de l'hôpital Albert-Bousquet de Nouméa. Il a écrit une thèse sur l'internement des Japonais de Nouvelle-Calédonie après avoir trouvé, dans une remise de son établissement, des caisses contenant les dossiers médicaux de nombreux patients au patronyme nippon. « Henri Sautot était aussi sous la pression des Américains. Après le choc de Pearl Harbour, ils ne pouvaient tout simplement pas accepter qu'un pays allié n'arrête pas tous les Japonais sur son sol. Il a néanmoins laissé une centaine d'entre eux en liberté, des maraîchers, qui abondaient les marchés de Nouméa en fruits et légumes, et qui étaient essentiels pour que la ville reste autosuffisante. Ceux-ci ont simplement été placés en résidence surveillée » , détaille Philippe Palombo.

Les autres, en revanche, n'échappent pas aux arrestations, puis à la déportation vers des camps en Australie. Les rares qui avaient la nationalité française en sont déchus et toutes leurs possessions, certaines insignifiantes (un vélo, des draps, du petit mobilier), d'autres considérables, sont confisquées.

« Les premiers Japonais sont arrivés en Nouvelle-Calédonie en 1892. Ils viennent de régions très pauvres pour travailler dans les mines de nickel, explique Marie-José Michel, ancienne consule honoraire du Japon à Nouméa. Mais, à partir de 1904, la société Le Nickel ne leur offre plus le billet retour pour le Japon. C'est ainsi qu'ils s'installent durablement dans la colonie et commencent à se reconvertir dans le petit artisanat, la pêche et l'exploitation agricole. » Par ailleurs, des industriels nippons commencent dans les années 1930 à investir massivement dans l'exploitation minière, obtenant des concessions ou des parts dans certaines sociétés minières. Les « séquestres japonais » , qui seront vendus aux enchères à la fin de la guerre, représentent donc des millions d'euros. « Le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) va prendre une partie de ces titres miniers au nom des dommages de guerre et le reste sera racheté par des mineurs calédoniens, qui vont ainsi acquérir des milliers d'hectares. Alors que dans le même temps, à quelques exceptions près, les femmes et les enfants, français, de ces Japonais, soit ont été expulsés de chez eux, soit ont dû racheter leurs propres biens » , souligne Philippe Palombo.

Début 1942 donc, ces prisonniers prennent la mer à bord de quatre navires qui accostent à Brisbane, la grande ville australienne la plus proche de Nouvelle-Calédonie, avant d'être répartis dans plusieurs centres de détention. « Il y avait deux types de camps : celui de Loveday, en Australie-Méridionale. Il recevait tous les célibataires, en fait pour la plupart des pères d'enfants de Nouvelle-Calédonie, raconte Marie-José Michel. Et puis il avait le camp de Tatura, dans l'État du Victoria, qui était celui des familles composées, hommes femmes et enfants japonais. Ces gens faisaient partie d'une deuxième génération de Japonais en Nouvelle-Calédonie, arrivée après les années 1930. »

Sur place, les conditions sont plutôt bonnes. « Il y a de la nourriture à profusion, tout le monde travaille, il y a des spectacles, du cinéma, du théâtre. Les témoignages vont tous dans ce sens, car dans ces camps les Conventions de Genève étaient appliquées » , assure l'ancienne consule. « Pour vous donner l'exemple de mon grand-père, qui était diabétique, il a reçu tous les soins dont il avait besoin. Mais il est mort six mois après être retourné dans un Japon dévasté par la guerre, tout simplement parce qu'il n'avait plus accès aux médicaments et qu'il ne mangeait plus à sa faim. » C'est effectivement à la fin de la guerre que les choses se compliquent : l'Australie ne veut pas garder ces Japonais et la France ne veut pas les voir revenir. « Sur ces 1 000 prisonniers, un peu plus de 200 ont une femme et des enfants en Nouvelle-Calédonie. Certains d'entre eux signent une pétition demandant qu'on les autorise à revenir à Nouméa. Mais la France refuse catégoriquement » , indique Marie-José Michel.

« Certains d'entre eux étaient en Nouvelle-Calédonie depuis plus de trente ans ! Ils y avaient fondé une famille. Le Japon, c'était leur pays d'origine, leur culture bien sûr, mais ce pays ne faisait plus partie de leur projet de vie, rebondit l'historien Ismet Kurtovitch. C'est une grave injustice qui a été faite, notamment vis-à-vis des épouses ou des concubines et de leurs enfants. Mais ces hommes qui souhaitaient rentrer en Nouvelle-Calédonie n'ont pas été défendus. Les épouses étaient dispersées, pas forcément bien vues dans la société parce qu'elles avaient été en couple avec des Japonais, et donc ils n'ont pas pu rentrer » , ajoute l'historien.

Excuses officielles des États-Unis

Jusqu'à relativement récemment, on ne savait rien d'eux ou presque. Dominique Yanai, qui a quitté Nouméa il y a dix ans pour s'installer à Brisbane, où il travaille en tant que chauffeur de bus, est l'arrière-petit-fils de l'un de ces hommes. « Mon nom de famille, Yanai, qui est aussi celui que portent mes enfants, est japonais. Pourtant, sur cette part de mon identité, je ne connaissais presque rien » , explique cet homme âgé d'une trentaine d'années. Ses questions, auprès de ses proches, sont longtemps restées sans réponse. « Dans la famille, c'est un sujet un peu tabou. Plus personne n'a envie d'en parler. Ça a été douloureux et ils n'ont pas envie de réveiller cette époque-là. » Il a donc dû mener ses propres recherches et prendre contact avec des chercheurs et des universitaires qui ont travaillé sur le sujet, en France, au Japon et en Australie.

Les archives mentionnant cet aïeul, dénommé Morizo, qui était forgeron, ont fini par révéler leurs secrets et permis de réhabiliter sa mémoire. « On m'avait expliqué que Morizo avait abandonné ses enfants et sa vie en Nouvelle-Calédonie. Mais ça n'est pas du tout ce qui s'est passé. En fait il a été arraché à sa vie. » Tout récemment, avec l'aide d'un journaliste australien, il a retrouvé une photo de son arrière-grand-père, la seule qui existe à sa connaissance. « Il est en train de travailler donc c'est une photo assez vivante. La ressemblance avec mon grand-père est frappante, j'ai hâte de la montrer à ma famille ! »

Cette vérité, il aura fallu attendre deux générations pour qu'elle émerge. « Nos parents ont été des gens sacrifiés : ils ont perdu leur père au cours de cet épisode dramatique et en ont beaucoup souffert, relève Marie-José Michel. Nous, la génération d'après, on se devait de partager cette histoire, et de la faire connaître au plus grand nombre. Car nos parents ne pouvaient pas en parler » .

Bien que cet épisode tragique de la guerre du Pacifique soit désormais connu, ni la France, ni les autorités calédoniennes n'ont jamais présenté d'excuses officielles ou dédommagé les victimes. « À l'occasion du 120e anniversaire de la présence japonaise en Nouvelle-Calédonie, Pascal Vittori (maire de Boulouparis depuis 2020, NDLR) a publiquement regretté ce qui a été fait. Mais c'est une initiative personnelle. Collectivement, contrairement à ce qui s'est passé aux États-Unis, il n'y a pas eu d'action formelle de regret » , précise Ismet Kurtovitch. En 1988, le Congrès américain avait présenté des excuses officielles aux survivants et versé à chaque ancien détenu la somme de 20 000 dollars au titre de réparations. Des monuments commémoratifs ont été érigés sur les sites des anciens camps d'internement, notamment à Manzanar, en Californie. La France ne s'est pas encore donné cette peine.
https://www.lefigaro.fr/international/le-calvaire-oublie-des-japonais-de-nouvelle-caledonie-20210414
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Volcano

Ne réveillez pas le volcan qui dort...

Les mythes et les mensonges sécurisants sont bien plus faciles à trouver et à accepter.
L'Empereur-Dieu de Dune

©Frank Herbert

Mysthe

Président du fan-club de Shun.
Je soutiens le couple Hyôga / Shun !  Ikki boy. Adorateur de Sorrento.
J'ai craqué, je rejoins le camp de Poséidon... ^^ Gloire à l'océan !
Merci de ne pas présumer de ce que je peux penser... Je suis loin d'être si simpliste...
[url="http://www.fanfiction.net/~mysthe"]http://www.fanfiction.net/~mysthe[/url]

Rincevent

L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Cedde

@Eilyn

Citation de: Eilyn le 26 Avril 2021 à 22:37:30
Je me suis toujours posée la question suivante : Pourquoi les peintures de De Vinci sont plutôt "ternes" par rapport à celles de ses confères italiens de son époque (dont les couleurs sont en général plus saisissantes). Cette copie a peut être la réponse à la question si cette hypothèse est avérée ^^ (bien que d'un point de vue esthétique, je préfère finalement la Joconde actuellement  :D, je trouve les couleurs un peu criardes sur la copie  [:aie])

C'est probablement dû à ses techniques de peinture, notamment le sfumato. Ainsi, certaines de ses œuvres n'étaient pas adaptées à leur environnement et se sont dégradées plus ou moins vite. Les exemples les plus connus sont probablement La Cène et La Bataille d'Anghiari.
"Il faut prendre soin de toujours maintenir son cœur en paix, car c'est sur l'onde sans vagues que se dessinent les reflets." Proverbe des îles Ryûkyû.

"Et toi, quelle constellation veux-tu manger ?"

Rincevent

Il me semble que les peintures utilisant certains produits chimiques ou des métaux peuvent virer avec le temps et donner à l'œuvre un aspect totalement différent de celui qu'elles avaient au départ. Sans parler des conditions d'éclairage qui sont évidemment différentes aussi (un musée et une pièce d'habitation du XVIe c'est pas pareil, par exemple). Sans parler des conditions de conservation après de nombreux siècles. Michel Pastoureau évoque régulièrement le sujet dans ses bouquins sur les couleurs.
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Aresielle

La Joconde est connue pour avoir été conservé dans la salle de bain pendant des décennie. D'où le fait qu'elle a morflé.

Sinon pour le noircissement des tableau il me semble que c'est tous ceux qui contienne du blanc fait à base de titane. Ça deviens noir avec le temps.
"Scary... Super scary! T-Toei Animation's gonna kill us!" Gintoki, Gintama ep.282
"You just can't help ninja" Prodigy, young avengers #6
"But fans deal in absolutes, like Sith." The Producer of Star Wars Rebels

Eilyn

J'avais lu en effet au sujet de la Cène et de la Bataille D'Anghiari : Problème de support + matériaux  [:aie]
Surtout que De Vinci aimait s'éloigner des standard et essayer des nouveaux procédés, à ses risques et périls  ^^" ( la bataille D'Anghiari a été une sacré catastrophe. Non achevé et c'est Vasari qui a dû prendre la suite et remplacer notamment la partie de De Vinci ).
Donc les tests de "nouveaux" procédés picturaux qu'il faisait, cela explique l'altération des toiles qui a été plus importante que pour celles de ses contemporains italiens, je suis d'accord avec vous.

Citation de: Aresielle le 27 Avril 2021 à 13:52:21
La Joconde est connue pour avoir été conservé dans la salle de bain pendant des décennie. D'où le fait qu'elle a morflé.
Et elle s'est retrouvé dans une valise sous un lit, elle en a vécu cette chère Mona Lisa  [:onion sweat]
"Comunque vada Πάντα ῥεῖ ... And singing in the rain ! "

Byaku

Citation de: Aresielle le 27 Avril 2021 à 13:52:21
La Joconde est connue pour avoir été conservé dans la salle de bain pendant des décennie. D'où le fait qu'elle a morflé.


Elle a du en voir passer... d'où son sourire énigmatique  [:trollface]
Le Saigneur s'ignore Seigneur et le cygne n'y aurait pu s'ignorer...

Rincevent

On peut même dire qu'il n'y a que le train qui n'est pas passé dessus. :o [:trollface]
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Byaku

Citation de: Rincevent le 27 Avril 2021 à 20:55:43
On peut même dire qu'il n'y a que le train qui n'est pas passé dessus. :o [:trollface]

Des picturophiles ???  [:chiyo1] [:beuh]
Le Saigneur s'ignore Seigneur et le cygne n'y aurait pu s'ignorer...

l_ecureuil

[url="https://lecatablog.files.wordpress.com/2015/02/lc3a9cureuil.jpg?w=400"]https://lecatablog.files.wordpress.com/2015/02/lc3a9cureuil.jpg?w=400[/url]
Gloire à Dionysos !

Rincevent

L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Samantha Rosenwood

#1888
J'étais déjà informée des dégâts résultant de restaurations, effectuées avec des matériaux incompatibles, avec ceux de monuments ou de sites archéologiques. Comme celui de Pompéi, par exemple. Mais je connais aussi un cas d'entretien avec les mêmes matériaux d'origine: celui du Castillo de Chichèn Itza, au Mexique. Donc, c'est possible.
"Yanagi Ni Kazé" - Proverbe Japonais
"Un ami non éprouvé est comme une noix non cassée. On ne sait ce qu'elle renferme" - Proverbe Russe
"Draco Dormiens Nunquam Titillandus" - Devise d'Hogwarts, School Of Witchcraft And Wizardry
"May the Force be with you...Always" - Devise et bénédiction Jedi

Telescopium


Rincevent

Sympa la dernière mouture de projet de loi... Bien vague comme il faut. [:haha pfff]
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Samantha Rosenwood

Curieuse de voir le résultat pour le Colisée, Telescopium.
Le tout étant qu'Obélix ne nous l'abîme pas, encore une fois...
"Yanagi Ni Kazé" - Proverbe Japonais
"Un ami non éprouvé est comme une noix non cassée. On ne sait ce qu'elle renferme" - Proverbe Russe
"Draco Dormiens Nunquam Titillandus" - Devise d'Hogwarts, School Of Witchcraft And Wizardry
"May the Force be with you...Always" - Devise et bénédiction Jedi

Telescopium


Rincevent

La suite réservée aux abonnés :

Spoiler
Selon les calculs de Jessica Balguy, doctorante à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), 30 % des propriétaires d'esclaves en Martinique étaient noirs ou métis, pour la plupart des petits propriétaires. Parmi eux, on retrouve certains affranchis, appelés « libres de couleur », ayant racheté leurs enfants ou petits-enfants sans avoir les moyens de payer les taxes à l'Etat pour les émanciper. Les femmes occupent également une place significative parmi les bénéficiaires de l'indemnité coloniale. « On compte parmi ces femmes beaucoup de veuves de colons et des célibataires qui possédaient quelques esclaves », explique la chercheuse.

Profils d'une grande hétérogénéité

Les indemnités versées par l'Etat français ont été fixées en fonction du prix des esclaves dans chaque territoire. C'est dans les colonies sucrières, et en particulier à La Réunion, là où les plantations sont en plein essor au moment de l'abolition, que les prix sont les plus élevés. La Réunion (où un propriétaire perçoit 671 francs or par esclave), la Martinique (409 francs or) et la Guadeloupe (447 francs or) reçoivent l'essentiel des indemnités, suivies par la Guyane, le Sénégal, Nosy Be (moins de 40 francs or) ou encore Sainte-Marie de Madagascar.

Les données révèlent comment des spéculateurs se sont enrichis grâce à l'indemnité. Ainsi d'un métropolitain venu en Martinique, quelques mois avant l'abolition, racheter titre sur titre

Autre découverte intéressante : les titres d'indemnité terminent souvent dans la poche de négociants de la métropole, ou de créanciers en guise de remboursement de dettes. Autrement dit, tous les propriétaires ne sont pas de riches exploitants de plantations. Leurs profils sont d'une grande hétérogénéité. Parmi les plus grands propriétaires figure Louis Marie Gabriel Le Coat de Kerveguen, originaire de La Réunion, qui a perçu 1,9 million de francs or contre l'émancipation de 1 680 esclaves. Ou encore la famille Gradis, des négociants qui possédaient des centaines d'esclaves et perçurent des centaines de milliers de francs or et dont les descendants gèrent désormais une société de gestion d'investissements financiers.

La base de données révèle également comment des spéculateurs se sont enrichis grâce à l'indemnité. Ainsi, dans les registres de la Martinique apparaît le nom d'un métropolitain venu quelques mois avant l'abolition racheter titre sur titre, dans l'espoir d'en tirer un meilleur prix une fois le montant des compensations établi. « Il a remporté les plus gros montants de l'île alors qu'il n'avait rien à avoir avec l'esclavage. Beaucoup ont fait comme lui dans la période qui a précédé l'abolition », constate Jessica Balguy.

Plus tôt, à la reconnaissance par la France de l'indépendance d'Haïti, en 1825, ce n'est pas l'Etat français qui a donné des indemnités à des propriétaires d'esclaves, mais ces derniers qui en ont demandé à la nouvelle République haïtienne. Une dette qui ne sera soldée par Haïti qu'en 1883 [et dont les agios courront jusqu'au milieu du XXe siècle]. Ces indemnités ont été rassemblées dans une autre base de données du projet « Repairs », dont les informations sont extrêmement précises, puisque même les adresses des propriétaires d'esclaves sont renseignées.

Débats sur les réparations

Au milieu du XIXe siècle, la question des réparations a fait l'objet de débats. Partant du constat que la propriété d'esclaves était légale, certains considéraient l'abolition comme une expropriation méritant compensation. D'autres s'y opposaient, au nom de la justice morale et du principe selon lequel aucun être humain ne peut être assimilé à une propriété, voire demandaient réparation pour les désormais anciens esclaves. « Même si Victor Schœlcher, l'un des artisans de l'abolition, défend au départ l'indemnisation des esclaves, il cède aux pressions des colons par calcul politique, pour que le décret soit adopté », explique Myriam Cottias.

Une base de données britannique de 2013 montre que la manne de l'indemnité coloniale a permis de soutenir le développement de secteurs-clés de l'industrie

La base de données française succède à celle qui avait été publiée, en 2013, aux Royaume-Uni. Le travail minutieux mené par les chercheurs du Legacies of British Slave-Ownership (LBS), un institut rattaché à l'University College de Londres, a permis d'exhumer les noms des 47 000 bénéficiaires de l'indemnité coloniale, répertoriés dans un catalogue en ligne. En Grande-Bretagne, à la suite de l'abolition de l'esclavage, en 1833, 20 millions de livres, soit 40 % du budget national, avaient été versés aux anciens propriétaires. Comme dans le cas français, la proportion de femmes parmi les indemnisés est significative, aux alentours de 40 %.

Tandis que les chercheurs français veulent montrer les complexités d'une société esclavagiste, en Angleterre, la base de données ne distingue pas les personnes de couleur et donne des indications sur le développement du capitalisme pendant la révolution industrielle. La manne de l'indemnité coloniale a permis de soutenir le développement de secteurs-clés de l'industrie, comme le coton et les chemins de fer. Dans un article publié en 2015 par la Revue d'histoire du XIXe siècle, l'historien Fabrice Bensimon écrit que la base de données britannique a permis d'établir une « continuité entre l'argent de l'abolition et les patrimoines contemporains, comme celui de la famille de l'ancien premier ministre David Cameron ».

L'ouverture de ces archives a aussi relancé le débat sur les réparations pour le préjudice subi pendant l'esclavage. Dans les Caraïbes, une quinzaine d'Etats ont ainsi porté une demande officielle depuis la publication de cette base de données. « La demande de réparation est à prendre au sérieux, c'est aussi une demande d'égalité qui peut difficilement se traduire par un remboursement en nom individuel », insiste Myriam Cottias.

Pour l'historien Pap Ndiaye, professeur à Sciences Po, ces archives, « précieuses », ne peuvent servir de socle aux revendications de réparations. « La base de données apporte des réponses en clair-obscur à nos questions contemporaines. Elle ne permet pas d'identifier de manière limpide les personnes à qui demander des réparations », explique-t-il. L'historien met en garde contre toute instrumentalisation à des fins politiques. « Au lieu de nous interroger sur les réparations, partons des inégalités actuelles. Qui, dans les anciennes colonies françaises, souffre le plus des inégalités ? Qui possède la terre ? Les descendants d'esclaves sont au plus bas de l'échelle sociale. Partons de ces réalités pour apporter plus de justice sociale. »
La proportion de femmes et de gens de couleur est plus importante que ce que à quoi j'aurais pu m'attendre. De même, la fortune bâtie par quelques spéculateurs n'est pas étonnante en soi mais prend malgré tout au depourvu. Des gens ont senti le coup venir et ont anticipé pour s'enrichir.
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Rincevent

En faisant ma veille je vois un nouveau volume devant sortir chez Belin (dont les collections Histoire de France et Mondes anciens sont magnifiques). Ils ont aussi une collection Référence qui a l'air très bien mais qui ne me parle pas, ses volumes étant jusque-là plutôt axés sur des thèmes transversaux (l'alimentation, la police, les femmes). Surprise, le prochain serait, d'après Électre : Venise : 500-2020 d'Elisabeth Crouzet-Pavan pour septembre (ISBN 9782410016864).
CitationL'historienne analyse de manière critique les différents lieux communs associés à l'histoire de Venise tout en prenant ses distances avec le récit providentialiste qu'en ont forgé les Vénitiens. Elle retrace la trajectoire politique et économique de la Sérénissime sur le temps long, de son émergence d'un milieu lagunaire inhospitalier à l'originalité de son régime républicain à l'époque moderne.
Je n'aurais pas envisagé de l'histoire locale dans cette collection, tiens. [:fufufu] Je ne sais pas trop si je le prendrai ou pas, du coup. [:what]
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Cedde

Eeew, Venise. [:beuh]

Ces paltoquets qui ont coulé Byzance. :o
"Il faut prendre soin de toujours maintenir son cœur en paix, car c'est sur l'onde sans vagues que se dessinent les reflets." Proverbe des îles Ryûkyû.

"Et toi, quelle constellation veux-tu manger ?"

Rincevent

Je sais, Cedde, mais garde ton calme, c'est passé, maintenant cette ville de débauche s'enfonce inexorablement dans la boue dont elle est jadis sortie. [:pfft]
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Moïra

Citation de: Rincevent le 14 Mai 2021 à 18:09:38
En faisant ma veille je vois un nouveau volume devant sortir chez Belin (dont les collections Histoire de France et Mondes anciens sont magnifiques). Ils ont aussi une collection Référence qui a l'air très bien mais qui ne me parle pas, ses volumes étant jusque-là plutôt axés sur des thèmes transversaux (l'alimentation, la police, les femmes). Surprise, le prochain serait, d'après Électre : Venise : 500-2020 d'Elisabeth Crouzet-Pavan pour septembre (ISBN 9782410016864).Je n'aurais pas envisagé de l'histoire locale dans cette collection, tiens. [:fufufu] Je ne sais pas trop si je le prendrai ou pas, du coup. [:what]
Au moins, vu qui tient la plume, on peut espérer un travail sérieux.
"J'ai prouvé qu'on pouvait être efféminé et botter des culs."

Damien

Lífið er leikhús, leikhús er alls staðar...

Rincevent

Jolie carte. Je garde. [:nicenice]
Mais oui, Paris comptait environ 150 seigneuries au XIIe siècle, je crois. On peut aussi s'amuser avec le site Paristique.
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.