[Beaux-arts/Archéo/Histoire] Entre luxures et découvertes...

Démarré par Damien, 15 Novembre 2013 à 19:58:08

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Une civilisation mystérieuse et inconnue d'Amazonie se dévoile depuis le ciel

ARCHÉOLOGIE Dense, hostile, inhabitable, la forêt amazonienne a pourtant abrité pendant plusieurs siècles des civilisations complexes et connectées les unes aux autres. Une nouvelle étude publiée dans la revue Nature révèle l'existence d'une vingtaine de sites dans une zone de 4 500 km² située dans l'actuelle Bolivie.

Ils sont les réminiscences de la civilisation Casarabe qui a peuplé la forêt pendant près d'un millénaire et qui, jusqu'alors, était totalement inconnue. « Pendant très longtemps, notre connaissance des peuplements précolombiens a été très influencée par notre vision de cet environnement, résume Stéphen Rostain, directeur de recherche au laboratoire archéologie des Amériques du CNRS à la Sorbonne. Comme la forêt amazonienne est peu habitée aujourd'hui, on pensait que cela avait toujours été le cas à l'exception de quelques petites colonies avec des systèmes agricoles très basiques. Mais depuis le développement de nouveaux outils comme le lidar, on se rend compte que c'est totalement faux. » Le lidar n'est pas un radar, mais fonctionne de la même façon. Il envoie depuis un avion des dizaines de milliers d'impulsions lumineuses par seconde, qui, par réflexion, permettent de mesurer avec une précision absolue les reliefs des zones étudiées, même à travers les arbres et la végétation, et de les coupler à un système GPS.

« Ici, les reliefs dans le sol révèlent l'existence de structures exceptionnelles , juge Peter Eeckhout, archéologue à l'Université libre de Bruxelles. L'article évoque notamment un bâtiment d'une vingtaine de mètres de hauteur sur le site principal de Cotoca. Mais aussi des canaux, des routes et un système d'irrigation agricole. » Ce système permettait de détourner et de stocker l'eau, selon la saison et les besoins des agriculteurs. Les réservoirs auraient pu servir d'étangs à poissons, fournissant une ressource cruciale pour la subsistance.

La plupart des traces laissées sont invisibles à nos yeux, car ces immenses constructions étaient bâties en terre et en bois. Des monticules de terre étaient ainsi surmontés de structure en bois. Des composants très périssables qui ne laissent quasiment aucune trace, mais qui ont tout de même provoqué une transformation profonde de la forêt. « On ne peut pas savoir quelle était la fonction et la symbolique de ces pyramides de terre, continue Peter Eeckhout. Mais l'ensemble de ces données indique qu'il s'agissait de populations assez denses qui évoluaient dans des paysages modifiés par l'homme. Tout ça montre l'existence d'une société complexe et hiérarchisée qui pourrait s'identifier à des formes de « proto-État » » .

Les datations effectuées sur le terrain donnent une fenêtre d'occupation très large entre le VIe siècle et le XVe siècle après J.-C. « C'est assez courant en Amazonie, juge Stéphen Rostain. On a des sociétés qui ont pu rester très longtemps en place, en tout cas bien plus que ce que l'on connaît ailleurs. »

Difficile d'avoir une estimation du nombre d'habitants sur les sites mis au jour. Mais certains travaux estiment qu'entre 8 et 10 millions d'individus ont peuplé l'ensemble de l'Amazonie à cette époque. « Ce sont des calculs très imprécis, prévient Stéphen Rostain. Mais qui donnent une idée de l'importance de ces civilisations. On suppose qu'il y avait une connexion forte entre les différents groupes. »

« On retrouve désormais des structures similaires dans de plus en plus de sites d'Amérique du Sud, ajoute Peter Eeckhout. Il est probable que ces groupes aient aussi eu des échanges avec les empires côtiers sur la frange pacifique, vers les Andes. On sait d'ailleurs que les Incas, installés un peu plus à l'ouest au Pérou, ont pu tenter de conquérir ces territoires, mais n'y sont jamais parvenus. »

Une forte tradition orale

Nous disposons de peu de traces archéologiques pour comprendre le fonctionnement de ces groupes. Il n'y avait pas d'écriture. Mais il y avait une forte tradition orale, les mythes et la légende se sont transmis sur de très nombreuses générations et ont pu arriver jusqu'à nous. « Dans certains cas, la culture orale permet une meilleure conservation de la mémoire que les sources écrites, raconte Stéphen Rostain, qui a justement travaillé sur ces transmissions orales. Ainsi, ces, ou cette, civilisation amazonienne, car on ignore s'il faut parler d'un seul groupe, n'avaient pas les mêmes divinités que leurs contemporains, mais étaient animistes. Il semble aussi que ces groupes aient été moins expansionnistes, moins sacrificiels, moins violents que les civilisations impériales, aztèques ou mayas. Il existait sûrement une forme de violence, mais ces groupes ne se faisaient pas la guerre comme nous la concevons, ils développaient un système d'alliances et d'interdépendance avec des batailles intermittentes. »

Ces civilisations ont totalement disparu peu de temps après l'arrivée des Européens. Les premiers conquistadors qui s'aventurent d'ailleurs au coeur de la forêt évoquent des populations très denses qui, à peine deux générations plus tard, auront quasiment toutes disparu. « Il n'y a pas eu une élimination militaire de ces cultures, comme ça a pu être le cas en Amérique du Nord, explique Stéphen Rostain. Mais des virus importés par les Espagnols, comme la rougeole ou la grippe, ont totalement décimé ces groupes. Le vaste maillage de routes et de sentiers qui a dû faire la force et la stabilité pendant plus d'un millénaire de ces groupes amazoniens a aussi pu causer leur perte. Les virus ont voyagé avec les hommes et les femmes qui ont emprunté ces chemins et ont pénétré très profondément dans la forêt, alors que les Européens restaient en lisière. »
https://www.lefigaro.fr/sciences/une-civilisation-mysterieuse-et-inconnue-d-amazonie-se-devoile-depuis-le-ciel-20220525
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Rincevent

L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Rincevent

Citation de: Rincevent le 28 Mai 2022 à 00:26:46
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https://www.lefigaro.fr/sciences/une-civilisation-mysterieuse-et-inconnue-d-amazonie-se-devoile-depuis-le-ciel-20220525
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Les merveilleuses cités tropicales, enfin explorées par la science
Süddeutsche Zeitung

On les a crues maudites, promises à l'oubli, car bâties dans une nature trop hostile. Pourtant, avant que les Européens colonisent le monde, de vastes villes tropicales ont connu une vie florissante. La science les redécouvre aujourd'hui. Et revoit le rôle joué par les forêts dans l'histoire de l'humanité.

Armés de machettes, les membres du groupe se fraient un passage à travers la végétation. De part et d'autre, ils taillent dans les branches sinueuses et le sous-bois imposant. Face à eux, tout n'est que vert, un vert intense, impénétrable. Ils finissent par heurter un escalier de pierre grise, adroitement taillé à la main.

John Lloyd Stephens et son équipe gravissent les marches et débouchent sur une vaste terrasse ornée d'imposantes statues parées de bas-reliefs et de hiéroglyphes. L'architecture, la sculpture, la peinture, tous les arts qui embellissent la vie ont prospéré dans cette forêt luxuriante, écrira ensuite cet Américain, fasciné par sa découverte, dans ses Mémoires [Aventures de voyage en pays maya, éd. Pygmalion].

Le roman des "explorateurs"

Nous sommes en 1839, et John Lloyd Stephens est l'un des tout premiers Blancs à contempler les ruines de l'ancienne cité maya de Copán [aujourd'hui au Honduras]. Il était explorateur - ou plutôt, on le considérait comme tel.

Bien sûr, il n'est pas vraiment le premier homme à avoir "exploré" Copán : les habitants de la région connaissaient déjà les lieux. C'est d'ailleurs un certain José qui l'a conduit jusqu'à la cité, ouvrant la voie avec sa machette.

Si l'Américain ne pouvait offrir une quelconque expertise technique aux autres membres de l'expédition, il était en revanche pétri de curiosité et d'enthousiasme... et faisait preuve d'un certain penchant pour le pathos. À en croire son récit, tout n'était que mystère, un mystère sombre et impénétrable que chaque instant venait épaissir un peu plus ; la ville était ravagée, et seuls les cris des singes s'agitant dans les arbres venaient troubler le silence de la cité engloutie.

La légende des villes ensorcelées

Le tableau dépeint par l'Américain dans ses souvenirs de Copán colle parfaitement à la vision occidentale traditionnelle des cités anciennes, perdues dans les régions tropicales. Une vision sans cesse reproduite depuis le XIXe siècle dans les romans, les films et les jeux vidéo, celle de villes perdues dans la forêt tropicale, où la nature a repris ses droits, de sites nimbés de légende, paraissant à la fois sacrés et ensorcelés à tout jamais. Une sorte de mise en garde de la nature, nous rappelant qu'elle se réapproprie toujours son territoire.

Une vie citadine au beau milieu de forêts tropicales ? Impossible, tout le monde en était persuadé. Les ruines éparpillées aux quatre coins du monde n'étaient-elles d'ailleurs pas la preuve que ces cités avaient, de toute évidence, toujours été vouées à la chute ?

Cette idée a longtemps prédominé, même chez les spécialistes. Ses défenseurs s'appuyaient d'ailleurs sur des arguments convaincants : pour nourrir les habitants d'une grande ville, il aurait fallu pratiquer une forme d'agriculture intensive qui est incompatible avec les sols humides, acides et pauvres en nutriments des forêts tropicales. Ajoutez à cela d'immenses défis écologiques, comme la nécessité de défricher de grandes parcelles, au risque de provoquer glissements de terrain et inondations. Et puis, de toute façon, qui aurait eu envie de vivre au beau milieu des serpents venimeux et des nuées de moustiques ? Certainement pas des citadins, en tout cas.

Sur le site maya de Copán, au Honduras. Photo / Diegograndi / iStock / Getty Images Des cités immenses et vibrantes

Mais depuis quelque temps déjà, cette image des cités ensorcelées s'effrite. Cela fait plusieurs décennies que les archéologues et les anthropologues s'emploient à esquisser une nouvelle vision, plus réaliste, des villes tropicales. D'après eux, l'image d'Épinal des ruines envahies par les lianes doit céder la place à celle de villes immenses et vibrantes, constituées d'un vaste réseau de communautés.

Copán, la cité maya qui a tant ensorcelé John Lloyd Stephens, aurait ainsi accueilli jusqu'à 25 000 habitants il y a environ 1 500 ans. C'est plus que la population de Munich en 1700 [et autant que celle de Paris à la fin du XIIe siècle]. Or Copán était loin d'être la plus peuplée. Non loin de là, la cité maya de Tikal [au Guatemala] regroupait sur l'ensemble de son périmètre 200 000 habitants au moment de son apogée, au IXe siècle. Certains spécialistes évoquent même 450 000 habitants.

Mais ces deux villes font pâle figure aux côtés d'Angkor, dans l'actuel Cambodge, qui, d'après de nouvelles estimations, aurait rassemblé jusqu'à 900 000 habitants au XIIe siècle. La cité s'étendait alors sur 1 000 km2, entourés de 3 000 km2 de terres cultivées. Au beau milieu de la forêt tropicale.

Négligées par la science

À titre de comparaison, la surface actuelle de Berlin n'atteint même pas les 900 km2 [quand celle du Grand Paris est de 814 km2]. "Angkor était la plus grande ville de l'ère préindustrielle - dans le monde entier", rappelle Patrick Roberts, qui dirige un groupe de recherches à l'Institut Max Planck pour l'histoire de l'humanité, à Iéna [dans le centre-est de l'Allemagne]. Cet archéologue et anthropologue s'intéresse de près aux modes de vie dans les forêts tropicales, un thème peu étudié jusqu'à présent.

"La recherche est baignée d'idées préconçues", déplore Patrick Roberts. Peu de ses pairs sont attirés par les projets de recherche dans les forêts tropicales - ce qu'il peut tout à fait comprendre. Dans ces régions, les grandes campagnes de fouille de cités antiques, qui durent généralement plusieurs années, se heurtent à des difficultés considérables liées aux conditions climatiques : la densité de la végétation, les espèces venimeuses - animales et végétales - et les précipitations parfois violentes compliquent le travail des chercheurs. Sans oublier l'acidité des sols, qui rend toute persistance de matière organique pratiquement impossible. En comparaison, exhumer une cité égyptienne ou sumérienne est une véritable partie de plaisir.

L'hypothèse de la savane

Cette inégalité de traitement entre régions reste particulièrement visible dans le monde universitaire allemand. À l'université Louis et Maximilien de Munich, par exemple, l'équipe pluridisciplinaire de l'ArchaeoBioCenter explore la relation que l'homme entretient avec son environnement naturel et les répercussions de l'activité humaine sur celui-ci, mais aucun membre du groupe n'étudie les régions tropicales. Friedhelm Hoffmann, le porte-parole du centre, regrette cette lacune, qu'il justifie néanmoins par un héritage de l'histoire des sciences. "On commence par explorer les régions les plus proches. Et quand il y a des disciplines qui correspondent, ce sont elles qui se développent."

Ce parti pris vis-à-vis des zones tropicales n'est pas circonscrit à l'archéologie et, pendant longtemps, il a également orienté la pratique des paléoanthropologues. Depuis les travaux de Darwin, les recherches sur l'histoire évolutive de l'homme se concentraient sur les terrains dégagés, "l'hypothèse de la savane" faisant alors figure de référence. Selon cette théorie, l'évolution des hominidés, nos ancêtres très lointains, serait étroitement liée à leur émigration des régions tropicales. Dans la savane africaine, ils auraient progressivement quitté la cime des arbres pour pouvoir se déplacer plus efficacement. Ils se seraient alors redressés puis, ayant soudain les mains libres, se seraient mis à chasser les herbivores et à fabriquer des outils avec des pierres. Ils auraient ensuite domestiqué le feu pour faire cuire leurs proies, leur cerveau se serait développé et leurs incisives auraient progressivement rétréci.

Pendant longtemps, on a cru que l'homme moderne était né ainsi. Cette théorie était aussi étayée par l'idée qu'Homo sapiens cherchait tout naturellement à s'installer dans des prairies ouvertes et sur les côtes, nous distinguant ainsi des autres espèces de primates quadrupèdes. Mais cette croyance a restreint le champ de la recherche : les paléoanthropologues ont sillonné la savane africaine à la recherche de nos ancêtres, négligeant les forêts tropicales. "Ils ne s'intéressaient tout bonnement pas à cette zone", résume Patrick Roberts.

Les arbres, clé de l'évolution humaine

Un autre postulat erroné à induit la recherche en erreur pendant de nombreuses années : [contrairement à ce que l'on a longtemps imaginé], ce n'est pas parce qu'un site préhistorique se trouve aujourd'hui dans une prairie qu'il l'était déjà il y a plusieurs millions d'années. Au miocène inférieur (de -23 à -16 millions d'années), la Terre s'est progressivement recouverte de forêts denses et humides sous l'effet des températures élevées. Dans bien des régions du monde, la végétation était très différente de celle que l'on observe actuellement, et un fossile retrouvé dans ce qui est aujourd'hui la savane éthiopienne peut très bien avoir appartenu, en fonction de son âge, à un hominidé vivant dans la forêt tropicale. Cette erreur d'appréciation a longtemps entraîné les paléoanthropologues sur de fausses pistes.

A contrario, Patrick Roberts et ses collègues sont convaincus que les forêts ont joué un rôle primordial dans notre évolution. De nouvelles découvertes indiquent même que les premiers hominidés ne se sont pas redressés dans les prairies, mais lorsqu'ils vivaient encore dans les forêts tropicales. "Cette conclusion jette un éclairage totalement nouveau sur les premiers pas de l'homme", se réjouit le chercheur.

Il y a plus de trois millions d'années, Lucy, illustre représentante de l'Australopithecus afarensis, évoluait ainsi dans un environnement tropical - et presque exclusivement sur ses deux jambes. Les arbres jouaient néanmoins un rôle essentiel dans la vie de Lucy, qui se nourrissait et s'abritait des prédateurs dans la forêt. En 2016, une étude a même révélé que notre lointaine cousine serait morte à la suite d'une chute de 12 mètres. Une chute de 12 mètres... Peut-être Lucy était-elle tout aussi à l'aise dans la cime des arbres que sur ses deux jambes.

Le temple Ta Prohm, à Angkor, au Cambodge. Bâti aux XIIe et XIIIe siècles, il disparaît aujourd'hui sous les racines de fromagers. Photo / Sergi Reboredo / VW Pics / Universal Images Group / Getty Images La forêt n'est pas un obstacle

L'hypothèse de la savane n'a toutefois pas encore été totalement réfutée, soulignent certains chercheurs. "On peut encore établir avec quasi-certitude un lien entre les écosystèmes de type savane et les restes des premiers hominidés", rappelle ainsi le paléoanthropologue espagnol Manuel Domínguez-Rodrigo. Selon lui, les terrains dégagés ont bien joué un rôle dans notre évolution, mais la transition s'y serait déroulée plus progressivement qu'on ne l'a longtemps pensé. Une certitude demeure néanmoins : on avait jusqu'à présent sous-estimé l'importance des forêts tropicales. Et l'idée qu'Homo sapiens ait cherché, comme par magie, à s'installer dans les prairies et sur les côtes est désormais inconcevable.

Patrick Roberts en a d'ailleurs apporté la preuve grâce à ses recherches au Sri Lanka. Avec l'aide d'une équipe de chercheurs locaux, il a retracé l'apparition de nos ancêtres dans le pays. Les premiers hommes seraient arrivés sur cette île de l'océan Indien il y a environ 45 000 ans. Ils avaient alors l'embarras du choix : des côtes fertiles, où la nourriture se trouvait en abondance, et de vastes espaces à la végétation luxuriante s'offraient à eux. Ils auraient pu élire domicile n'importe où, mais ont choisi la forêt tropicale, où ils sont restés pendant au moins 30 000 ans, sans jamais s'installer ailleurs.

Jusqu'au début du XXIe siècle, la plupart des chercheurs estimaient impossible qu'Homo sapiens ait pu élire domicile dans les forêts tropicales il y a plus de 18 000 ans, car ses connaissances techniques n'étaient pas assez développées pour lui permettre de surmonter les conditions hostiles du milieu. Or les travaux de Patricks Roberts et son équipe montrent que la forêt n'a jamais constitué un obstacle pour notre espèce. "Nos découvertes plaident en faveur d'un élargissement des zones de recherche de la présence humaine", conclut le chercheur. Il faudrait donc s'intéresser davantage aux régions tropicales, qui sont pour l'heure peu étudiées.

Des fouilles très récentes

La cité d'Anuradhapura, au Sri Lanka, a commencé à sortir de terre en 500 avant Jésus-Christ - elle aussi au beau milieu de la forêt tropicale. Elle est restée la capitale du royaume cingalais pendant près de 1 700 ans, avant que les maîtres des lieux ne l'abandonnent, en partie à cause de la sécheresse persistante. La nature a alors repris ses droits, et la cité a été engloutie par la jungle.

Longtemps, seuls les vestiges des temples bouddhistes laissaient augurer l'importance de la cité. Mais on sait désormais que la ville, qui s'étendait sur 500 km2, a accueilli jusqu'à 250 000 habitants.

L'ampleur de la cité est longtemps restée insoupçonnée. Il a fallu attendre les années 1990 pour qu'une équipe d'archéologues sri lankais et britanniques se lance dans une campagne de fouilles méthodique qui a peu à peu dévoilé l'étendue de la ville. Si ces découvertes tardives ont de quoi surprendre, Nikolai Grube, lui, ne s'en étonne pas. Il enseigne à l'université de Bonn, dans le département consacré aux civilisations précolombiennes et à leurs descendants. Il a récemment participé à une expédition de recherche au Guatemala et connaît mieux que quiconque les défis que présentent les fouilles en zone tropicale. "Ce n'est qu'en 1960 que nous avons commencé à chercher des vestiges d'habitations dans ces régions", rappelle-t-il. Si cette époque peut sembler déjà lointaine, à l'échelle de l'archéologie, c'est comme si c'était avant-hier. Il aura ensuite fallu attendre quarante années supplémentaires pour que les cités anciennes des régions tropicales s'invitent dans les débats des chercheurs.

L'écueil de l'eurocentrisme

Mais comme Patrick Roberts, Nikolai Grube n'impute pas cet intérêt tardif uniquement aux conditions hostiles qui règnent dans ces régions. Il dénonce également une forme d'eurocentrisme, encore très présente dans la communauté scientifique. "Tous les paradigmes de l'archéologie et de l'anthropologie se sont forgés en Europe et en Amérique du Nord", explique Grube.

Notre conception de la société, des structures étatiques et des villes s'est développée à partir des recherches des XIXe et XXe siècles. Or, à l'époque, il était encore communément admis que tous les peuples aspiraient à l'idéal de l'État-nation européen, incarnation des sociétés les plus avancées au monde - la finalité de toute civilisation. Cette approche, en plus d'être profondément discutable d'un point de vue éthique, a restreint le champ de la recherche.

Les premiers archéologues occidentaux qui ont découvert les ruines mayas n'étaient pas en mesure d'identifier ce qu'ils avaient sous les yeux. "En voyant les immenses temples mayas, ils se sont dit : 'On se croirait chez nous !'", raconte Patrick Roberts. Un centre-ville dense, bâti en pierre, accueillant l'élite politique et religieuse, entouré de vastes parcelles agricoles ou destinées au pâturage : les chercheurs assimilaient les sites mayas aux villes européennes du Moyen Âge, des villes densément peuplées, de quelques milliers d'habitants. Mais en réalité, leur densité était incomparable.

Un autre rapport à la nature

La plupart des cités antiques des régions tropicales étaient en effet des regroupements de hameaux décentralisés. Très peu densément peuplées, elles s'étendaient sur de vastes espaces et étaient parcourues par d'ingénieux systèmes de barrages, de conduits et de canaux. Les terres cultivées étaient intégrées au sein de la ville. "Ces cités étaient bien plus vertes que nos villes européennes", souligne Nikolai Grube.

Les Mayas ne vivaient pas en luttant contre la forêt, mais avec elle. Dans leurs cités, pas de vastes champs de monoculture, mais des jardins boisés aux multiples usages, où vivaient aussi les animaux d'élevage. Les paléobotanistes ont ainsi retrouvé des traces de diverses céréales, de maïs, de manioc, de haricots, de tomates et d'avocats, pour ne citer que quelques-unes de ces espèces. Les pratiques agricoles étaient diversifiées, comme en attestent les vestiges de brûlis et de cultures en terrasse... "Nous savons désormais qu'il existe des modes de vie permettant à de vastes communautés de s'installer de manière durable dans la forêt", conclut le chercheur.

D'immenses réservoirs d'eau

Pour contrebalancer le climat de mousson, les habitants de l'époque ont également aménagé d'immenses réservoirs d'eau leur permettant d'arroser leurs champs même durant les périodes de sécheresse. On retrouve aujourd'hui des traces de ces constructions dans presque toutes les cités anciennes des régions tropicales. À Anuradhapura, le plus grand réservoir s'étendait sur 9 km2, l'équivalent de 1 260 terrains de foot. La plupart des habitations, en revanche, étaient bâties en bois, il en reste donc peu de traces aujourd'hui. Si les premiers archéologues n'ont pas réussi à les repérer - à vrai dire, ils ne les cherchaient pas, car cette configuration ne correspondait pas à leurs hypothèses -, de nouveaux outils, comme le lidar, permettent aujourd'hui de faire de nouvelles découvertes.

Vue du site Preah Khan de Kompong Svay, à l'est d'Angkor. Les images délivrées par le Lidar révèlent des structures cachées sous les arbres de la forêt. Damian Evans

Le lidar (light detection and ranging) est un instrument de télédétection qui permet d'évaluer des distances grâce à la vitesse de la lumière. Installé sous un avion ou un hélicoptère, il émet des rayons laser qui traversent les frondaisons pour aller se réfléchir sur le sol. [L'appareil s'appuie alors sur le temps de trajet du faisceau laser et sur la vitesse de la lumière pour calculer la distance qui le sépare de la surface de réflexion].

Cette méthode permet de créer des modélisations numériques de zones indécelables à l'oeil nu - ne serait-ce qu'à cause de la densité de la végétation. Les archéologues utilisent le lidar depuis une quinzaine d'années, et cet outil s'est révélé d'une valeur inestimable pour étudier les cités anciennes des régions tropicales. C'est notamment grâce à lui que les archéologues ont découvert les véritables dimensions d'Angkor. Une fois de plus, les chercheurs ont mis au jour une ville immense, faisant la part belle aux terrains cultivés, à l'organisation décentralisée et alimentée par un ingénieux système d'irrigation.

Redéfinir la notion d'urbanisme

Mais peut-on vraiment qualifier de "ville" des espaces si peu densément peuplés ? Certains spécialistes contestent encore cette qualification, admet Nikolai Grube. "Il faut totalement revoir la définition même de l'urbanisme." Les théories de Patrick Roberts ne font pas toujours l'unanimité non plus, mais les désaccords sont essentiellement liés à des questions de terminologie, confie le principal intéressé.

Le bassin amazonien, par exemple, aurait abrité de nombreuses communes de bonne taille, avec des quartiers spécialisés, qui ont rassemblé jusqu'à 20 millions d'habitants au total. "S'il ne s'agit pas d'un réseau urbain, je ne sais pas ce que c'est", fait remarquer Patrick Roberts. Les chamailleries terminologiques ne changent de toute façon rien aux conclusions scientifiques, tranche le chercheur.

Le monumental Bouddha d'Aukana, au Sri Lanka. Ce chef-d'oeuvre de la statuaire cingalaise date du Ve siècle. Photo / Carlos Delgado / Creative Commons Les scénarios de la fin

Une question reste en suspens : pourquoi ces villes ont-elles fini par être désertées ? Ce n'est manifestement pas dû à des problèmes de fonctionnement car, avant leur déclin, elles ont prospéré pendant plusieurs siècles. "Quand on dit que les villes se sont 'effondrées', il faut se demander quelles sont les catégories de population réellement concernées, nuance Patrick Roberts. Bien souvent, c'est la classe dominante qui souffrait le plus et qui a disparu ou s'est vue contrainte d'émigrer. La plupart des cultivateurs, eux, sont restés sur place et ont continué à travailler la terre pendant encore plusieurs siècles."

Parfois, ce sont aussi les variations climatiques extrêmes qui ont forcé les habitants à quitter leur ville. Mais en Amérique centrale et du Sud, un autre facteur a également joué un rôle décisif dans le déclin des villes : l'arrivée des Espagnols. On suppose aujourd'hui que durant les cent cinquante années qui ont suivi l'arrivée de Christophe Colomb, environ 90 % des populations locales ont été décimées par des maladies. Cela représente 55 millions de personnes.

Lorsque, par la suite, les colons européens ont progressivement débarqué sur le continent, ils ont découvert des sociétés déchues, anéanties par les maladies apportées par les premiers Européens - et par la violence. Il ne restait alors plus que quelques tribus disséminées dans des villages. Aujourd'hui encore, notre perception des peuples autochtones d'Amérique est imprégnée des récits de l'époque sur ces petites communautés. Le "Nouveau Monde" ne pouvait dès lors plus tenir tête aux Européens et à leur vision de l'État, de la société et de l'agriculture, qu'ils ont pu imposer sans rencontrer de grande résistance.

Hélas, les connaissances de ces peuples se sont éteintes avec eux, notamment leurs techniques de survie dans les forêts tropicales, accumulées pendant des milliers d'années. Nous pourrions tirer parti de ces connaissances pour apprendre nous aussi
https://www.courrierinternational.com/article/archeologie-les-merveilleuses-cites-tropicales-enfin-explorees-par-la-science
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Volcano

#2228
Le 4 juin 1945, le croiseur lourd américain USS Pittsburgh, qui participa notamment à la bataille d'Iwo Jima, est pris avec son groupe naval dans une terrible tempête dans le Pacifique. Sa proue est arrachée par le choc d'une énorme vague mais le navire reste à flot et survit ! [:chiyo1]



La perte de la proue est attribuée à des soudures de mauvaise qualité, et alors que le navire est en cale sèche à Guam pour réparations, sa proue est repêchée par un autre navire. La distance séparant alors l'USS Pittsburgh de sa proue lui vaudra le surnom de "plus long navire du monde" ! [:lol] [:aie]
Ne réveillez pas le volcan qui dort...

Les mythes et les mensonges sécurisants sont bien plus faciles à trouver et à accepter.
L'Empereur-Dieu de Dune

©Frank Herbert

Volcano

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Rincevent

L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Cedde

"Il faut prendre soin de toujours maintenir son cœur en paix, car c'est sur l'onde sans vagues que se dessinent les reflets." Proverbe des îles Ryûkyû.

"Et toi, quelle constellation veux-tu manger ?"

Rincevent

L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Le Passant


Rincevent

Mais non il a déjà dit qu'il préférerait modifier ses élèves. :o
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Cedde

Citation de: Rincevent le 01 Juillet 2022 à 19:56:49
Déjà posté en actu, Ceddouille. :o

Qu'est-ce qu'un sujet d'Histoire fait sur le topic actus ? :o
"Il faut prendre soin de toujours maintenir son cœur en paix, car c'est sur l'onde sans vagues que se dessinent les reflets." Proverbe des îles Ryûkyû.

"Et toi, quelle constellation veux-tu manger ?"

Aresielle

Les idées absurdes des américains ça fini en général sur le sujet actu. C'est ça l'histoire.  [:trollface]
"Scary... Super scary! T-Toei Animation's gonna kill us!" Gintoki, Gintama ep.282
"You just can't help ninja" Prodigy, young avengers #6
"But fans deal in absolutes, like Sith." The Producer of Star Wars Rebels

Rincevent

L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Rincevent

L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Rincevent

#2240
Oh, apparemment le prochain volume de la collection Mondes anciens de Belin sera... Les Indiens d'Amérique. [:fufufu]
https://www.amazon.fr/indiens-damerique-Collectif/dp/2410015867/
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Cedde

#2241
Il sort de nulle part celui-là.

Chuis un peu desu desu.
"Il faut prendre soin de toujours maintenir son cœur en paix, car c'est sur l'onde sans vagues que se dessinent les reflets." Proverbe des îles Ryûkyû.

"Et toi, quelle constellation veux-tu manger ?"

Rincevent

Non non, il apparaissait dans la liste des volumes annoncés sur le rabat de la quatrième de couverture jusqu'à l'année dernière, il me semble.
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Cedde

#2243
C'est-à-dire qu'en lisant "Amérique" sur les rabats, je pensais plutôt à l'Amérique centrale et du sud (l'Amérique précolombienne traditionnelle en gros).

Cela dit, on peut aussi considérer ces populations comme des Indiens d'Amérique donc à voir l'espace traité par l'ouvrage.
"Il faut prendre soin de toujours maintenir son cœur en paix, car c'est sur l'onde sans vagues que se dessinent les reflets." Proverbe des îles Ryûkyû.

"Et toi, quelle constellation veux-tu manger ?"

Rincevent

Oui, c'est vrai. D'ailleurs, je ne tique que maintenant mais... "Indiens d'Amérique" ? J'espère que c'est un titre provisoire parce que sinon c'est tellement pas sérieux. "Les Amérindiens" ou "Les peuples premiers d'Amérique", si vous voulez, mais pas les Indiens, quoi. [:petrus]
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Cedde

C'est certainement un titre provisoire. Si on suit la logique des tomes précédents, on devrait avoir un truc du genre "L'Amérique (précolombienne ?). De machin bidule à bidule chouette".
"Il faut prendre soin de toujours maintenir son cœur en paix, car c'est sur l'onde sans vagues que se dessinent les reflets." Proverbe des îles Ryûkyû.

"Et toi, quelle constellation veux-tu manger ?"

Rincevent

Ben précédemment, la partie machin bidule à bidule chouette était effectivement précisée plus tard mais le titre principal ne changeait pas, du moins pour ce que je m'en souviens. Mais je pense que c'est un titre provisoire, en effet. Qui plus est, le sous-titre évoque parfois des lieux et non des personnes (cf l'Acacus occupé au néolithique pour le volume sur l'Afrique).

Ç'a dû bien se vendre si la collection entame à son tour le cycle des rééditions (les volumes compacts sont annoncés). Pour la collection Histoire de France y en a quatre différentes, il me semble : la normale, la deluxe, la compacte, la poche (chez Gallimard).
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Cedde

Oui, j'ai vu ça. Ca m'arrange, je vais pouvoir enfin me procurer à prix réduit le volume "Préhistoires d'Europe" qui ne m'intéressait pas particulièrement.
"Il faut prendre soin de toujours maintenir son cœur en paix, car c'est sur l'onde sans vagues que se dessinent les reflets." Proverbe des îles Ryûkyû.

"Et toi, quelle constellation veux-tu manger ?"

Rincevent

Meh. Tellement pas envie de le prendre, celui-là. [:mouais] Sur le sujet j'avais hésité à prendre Le grand atlas Homo Sapiens mais, honnêtement, en dehors des chapitres sur les branches hominidées disparues (Denisova, Florens, Neandertal) ça ne m'intéresse vraiment pas. [:petrus]
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Cedde

Si tu cherches un excellent bouquin pas cher et très récent sur les dernières découvertes du Paléolithique, je peux te conseiller Une brève histoire des origines de l'humanité. [:aloy]
"Il faut prendre soin de toujours maintenir son cœur en paix, car c'est sur l'onde sans vagues que se dessinent les reflets." Proverbe des îles Ryûkyû.

"Et toi, quelle constellation veux-tu manger ?"