Sur un plan astral légèrement froissé se trouvait... le Disque-Monde.

Démarré par Rincevent, 27 Janvier 2013 à 12:20:11

« précédent - suivant »

0 Membres et 0 Invités sur ce sujet

Rincevent

Bon, il n'y a pas de sujet là-dessus, alors sa création me revient de droit. [:kred]

Le Disque-Monde. Qu'est-ce que c'est ? C'est un univers de fantasy créé par l'auteur britannique Terry Pratchett (qui avant miss Rowling était le plus vendu de Grande-Bretagne). D'abord simplement burlesque, son univers se raffine petit à petit pour devenir une satire de notre société. Le contexte : dans l'espace vit A'Tuin, une immense tortue stellaire. Juchés sur sa carapace se trouvent quatre éléphants. Et ceux-ci portent sur leur dos le Disque-Monde. Un monde. Qui est un disque. Donc plat. Un monde magique où selon les religieux "si le Créateur avait voulu que les Hommes soient les égaux des Dieux, il leur aurait donné des ailes". Ce qui éclaire bien sur le niveau desdits dieux.
Spoiler

Les Annales du Disque-Monde, publiées en France chez L'Atalante et excellemment traduites par Patrick Couton, comptent désormais plus d'une quarantaine de volumes. Les tomes ne se suivent pas tous, mais chaque nouvel opus tient compte du précédent, si bien qu'on retrouve souvent des références aux autres tomes. On peut grosso-modo classer les tomes par groupes de personnages. Nous avons donc :
- les tribulations des mages de l'Université de l'Invisible (la plus vieille et la plus puissante, dont la fonction première est de garder des êtres surpuissants donc dangereux enfermés grâce à une nourriture surabondante et l'absence de travail)
- les sorcières du Moyeu, le centre du Disque, bien plus terre-à-terre que leurs confrères masculins et qui entre deux accouchements doivent repousser diverses horreurs dimensionnelles.
- le Guet municipal d'Ankh-Morpork, force de police de la plus grande ville du Disque, qui s'efforce de maintenir une paix précaire entre ses diverses communautés ethniques et en recrute plusieurs représentants pour y arriver
- la Mort et sa famille. C'est globalement un chic type (oui oui, mais on s'y fait) très consciencieux mais aussi fasciné par les mortels au point d'en oublier parfois son activité professionnelle, ce qui a parfois des conséquences... désagréables.

À cela s'ajoutent plusieurs tomes "divers" dont une partie suit l'équivalent de la révolution industrielle dans un monde magique.
Spoiler

Voilà, maintenant que les présentations sont faites, entrons dans le vif du sujet. Le Disque-Monde repose énormément sur le détournement de codes narratifs classiques. On retrouve ainsi des Nains et des Trolls, souvent en conflit, mais ceux-ci sont plutôt secoués par des conflits générationnels et sociaux lorsqu'ils viennent s'installer en ville et que leurs jeunes commencent à abandonner les vieilles traditions. Les Elfes sont présents mais ne sont qu'une espèce faible et parasitaire dont la seule force est de paraitre séduisante aux yeux des humains pour mieux les manipuler. Et tout suit ce principe. On trouve aussi des Orques, des Gobelins, des Vampires, des Loups-garous, des Igors, des Yétis et même un Chicard (qu'on présume n'appartenir à aucune autre espèce, ce qui soulage vraiment tout le monde).
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Alaiya

Perso, j'aime vraiment beaucoup l'univers du Disque-Monde même si je suis très loin d'avoir tout lu (je dois en avoir lu 4, je crois, pour le moment), et je compte bien, très progressivement, remédier à cette lacune!

Au stade où j'en suis, ce qui m'a vraiment séduite c'est le côté WTF du truc (de prime abord, hein; quand on creuse un peu, ce n'est pas si WTF-esque que ça) et l'humour. On se marre tout du long, certains passages sont juste hilarants. C'est effectivement très bien traduit, le style est enlevé, les notes d'auteur sont souvent à pleurer de rire, on ne s'ennuie pas, et les thèmes abordés, bien que sous l'angle humoristique, sont divers et intéressants. Certains personnages sont effectivement récurrents, dont la Mort qui est mon préféré, il est juste énorme XD Rincevent (non, pas lui  :o , celui du bouquin) est aussi franchement drôle en mage pusillanime pas très doué.

C'est vraiment un chouette univers et je regrette de ne pas avoir plus de temps pour m'y pencher. Ceci dit, je me suis rendue compte qu'en lire trop d'affilée a tendance à casser un peu la joie de la découverte et des ficelles de l'auteur, j'aurais tendance à conseiller d'alterner chaque tome avec d'autres lectures.





[url="http://archiveofourown.org/users/Alaiya"]http://archiveofourown.org/users/Alaiya[/url]

"When the fires, when the fires are consuming you
And your sacred stars won't be guiding you,
I've got blood, I've got blood - Blood on my name"

Rincevent

Citation de: Alaiya le 27 Janvier 2013 à 15:49:26
Perso, j'aime vraiment beaucoup l'univers du Disque-Monde même si je suis très loin d'avoir tout lu (je dois en avoir lu 4, je crois, pour le moment), et je compte bien, très progressivement, remédier à cette lacune!
Oui ça fait quand même un sacré paquet de volumes à lire. [:onion sweat] Ceci dit il en écrit depuis 83, sans compter une dizaine de romans hors Disque-Monde.

CitationAu stade où j'en suis, ce qui m'a vraiment séduite c'est le côté WTF du truc
C'est extrêmement rigolo de voir notre société passer par le prisme du Disque-Monde. Ils ont développé un ersatz d'internet, des ordinateurs qui se construisent tout seuls, des moyens d'enregistrer les images. Et à coté de ça on a toujours des dieux bien réels qui viennent foudroyer un bâtiment de temps en temps histoire que les gens ne viennent pas à douter de leur existence.

CitationRincevent est aussi franchement drôle en mage pusillanime pas très doué.
[:onion tears]

Citation(non, pas lui  :o , celui du bouquin)
[:mtears]

Citationje me suis rendue compte qu'en lire trop d'affilée a tendance à casser un peu la joie de la découverte et des ficelles de l'auteur, j'aurais tendance à conseiller d'alterner chaque tome avec d'autres lectures.
J'ai envie de dire, c'est pareil pour tout. On peut aimer un truc mais si on en bouffe pendant des mois, l'enthousiasme refroidit vite. Les tous derniers ont aussi un petit goût étrange, parfois incomplet pour certains. C'est peut-être dû à sa maladie. Mais ça ne les rend pas moins bons pour autant.
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Darth Sidious

J'aime beaucoup le disque monde ( mais je fait un arrêt assez prolongé du fait d'overdose  [:lol] )

J'aime beaucoup le style d'humour parfois acide avec une critique de notre société derrière cette image d'héroïque fantasy..( la bêtise en général, le racisme..)
La parodie de pays est  aussi excellente : l'Australie, la Chine (Deuxfleurs et son livre révolutionnaire : "Ce que j'ai fait pendant mes vacances..",

Sans oublié les adages à ressortir régulièrement telle que,   calculé le QI d'une foule  : prendre le plus con et divisé par le nombre de participant..,
Faire la course avec un cheval  : le cheval au démarrage est plus lent que l'humain car il faut qu'il coordonne d'abord ces 4 membres..

Et puis les personnages haut en couleurs, Vimaire, Rincevent, Mémé Ciredutemps, Nounou Ogg et son chat gredin..Les barbares du troisièmes ages..
Bref c'est excellent !
L'opposé de l'amour n'est pas la haine, c'est l'indifférence.

IndraYoupi

Aaaaah Terry Pratchett !

Je n'ai que très peu lu le Disque Monde (4 ou 5 épisodes)(Mortimer  [:lol]), par contre j'ai dévoré Le Grand Livre des Gnomes (un des meilleurs bouquins du mooooonde !).

Le dernier en date que j'ai lu, je ne sais pas s'il fait parti d'un quelconque cycle, mais il m'a fortement marquée : Le Fabuleux Maurice et ses Rongeurs Savants  :D
Prenez un chewing-gum, T-1000.

Rincevent

Citation de: IndraYoupi le 17 Février 2013 à 11:40:22
Je n'ai que très peu lu le Disque Monde (4 ou 5 épisodes)(Mortimer  [:lol]), par contre j'ai dévoré Le Grand Livre des Gnomes (un des meilleurs bouquins du mooooonde !).
Ah, excellent choix, mademoiselle ! La trilogie des Gnomes est une histoire excellente qui gagnerait à être plus connue. Là encore Pratchett explore les thèmes qui lui sont chers : l'influence de la religion, l'exil, la hiérarchie sociale et sa structure, les relations hommes-femmes. C'est d'ailleurs de là que vient une de ses phrases que j'aime le plus, ce bout de dialogue entre Masklinn et Grima où celle-ci lui dit qu'on ne peut pas regarder à la fois le ciel et ses pieds, ce à quoi il répond que si mais il faut faire attention. Sans compter que sa fin ouverte pourrait lui permettre d'y revenir un jour. Mais bon là il a entamé une nouvelle série de hard SF avec Stephen Baxter et continue le Disque-Monde, donc je doute que ça arrive.

CitationLe dernier en date que j'ai lu, je ne sais pas s'il fait parti d'un quelconque cycle, mais il m'a fortement marquée : Le Fabuleux Maurice et ses Rongeurs Savants  :D
Oui, c'est un tome à part, et Pratchett l'a rangé dans la même catégorie de romans jeunes que le cycle Tiphaine Patraque.
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Numby des Poissons

Je ne sais que dire sur cet excellent univers, si ce n'est répété ce qui a déjà été dit : Un univers de fanatsy décalé, avec des personnages et des situations excellentes, le tout certes burlesque mais d'un autre côté, cohérent. Étant grand fan de fantasy et d'humour, et amateur de clichés détournés, Terry Pratchett a vraiment un style que j'adore, et en tant qu'écrivain de fanatsy amateur, mon rêve secret serait un jour de lui arriver à la cheville.
Hélas, je n'ai lu que les 5 premiers tomes des Annales du Disque-Monde. Y'a rien d'autre, dans la bibliothèque locale. T-T

Attention, ce qui suit peut contenir des spoilers.

La Huitième Couleur pose les bases de l'univers, et trouve sa continuité dans le Huitième Sortilège, offrant donc une bonne entrée en matière et introduisant l'un de mes personnages préférés : Rincevent. Un mage looser ne connaissant rien en magie, voulant éviter les problèmes mais les attirant à la pelle. Du coup, je m'identifie bien à lui 8D Et je soupçonne Pen of Chaos de s'en être inspiré pour le Ranger de Naheulbeuk. Mais au fait, c'était quoi, qui poursuivait Rincevent et Deuxfleurs dans le domaine de la Mort ?
La Huitième Fille. Je l'ai trouvé pas très intéressant, en fait.
Mortimer. Aaaah... voilà un roman qu'il est bon ! Avec comme personnage central, la Mort, un de mes chouchous du Disque-Monde. C'est vraiment passionnant d'en apprendre plus sur cet être atypique, quoique j'aurai aimé que les autres Cavaliers de l'Apocalypse et les employés de la Mort soient présentés aussi. On remarque aussi une certaine différence de caractère entre Ysabelle telle que Pratchett l'imaginait dans les deux premiers tomes et l'Ysabelle de Mortimer.
Sourcellerie. Je l'ai trouvé très très bon aussi. En fait, il est presque touchant et fataliste sur la fin, avec le pauvre magicien qui ne peut supporter le poids de son propre pouvoir et Rincevent, dont l'acte d'héroïque ne sera pas reconnu, qui fini dans la Basse-Fosse.
"Parmi toutes les vérités de l'univers, la plus injuste est qu'on ne puisse pas ramener les morts." - Capitaine Albator
~
Auteur d'un roman de fantasy - drôle et immoral, mélancolique et lyrique. Demandez-moi, au besoin...

Rincevent

Tiens, du coup ça me fait penser que j'avais pas posté mes avis sur ses deux derniers romans, tous deux hors Disque-Monde.
La longue terre
Pratchett et Baxter inaugurent une nouvelle série de science-fiction (car, oui, d'autres tomes sont prévus) reposant sur un concept désormais banal, celui des mondes parallèles. La petite différence, c'est qu'ici tous ces mondes parallèles sont vierges de civilisation. Pas de what if en vue, ou plutôt si mais d'une manière très différente. Le roman nous raconte l'histoire de la découverte de ces mondes, de leur exploration, et de leur exploitation. Mais aussi celle des conséquences terribles que la Terre d'origine, la Primeterre, devra essuyer. Car, avant une infinité de Terres disponibles, les choses ne sont plus du tout les mêmes. À quoi bon s'échiner à faire un travail mal payé puisqu'il suffit d'une pomme de terre pour s'approprier des hectares entiers loin de toute autorité, de tout conflit, de toute pauvreté ? À quoi bon extraire des matières premières dont les prix s'effondrent pour cause de réserves désormais illimitées ? À quoi bon se battre pour un bout de sol quand un pas dans une direction ou l'autre offre une planète totalement vierge ? Voilà les problèmes que pose la Longue Terre, comme on l'appelle. Mais il y a des contraintes : on ne peut y amener que ce qu'on peut porter, et rien qui ne contienne du fer. Ah, et ça prend un quart d'heure pour arrêter de vomir... Certains sont plus curieux que d'autres et décident d'organiser une expédition afin d'explorer les Hauts Mégas, ces Terres situées à plus de cent mille passages de la nôtre. Il n'y aura que deux membres d'équipages : Josué Valienté, un Passeur-né capable d'aller d'une Terre à l'autre sans appareil, et Lobsang, un Tibétain réincarné en intelligence artificielle et contrôlant par ailleurs le premier mode de transport de la Longue Terre : un dirigeable abritant sa conscience. Que vont-ils trouver au cours de leur périple ?

Le roman se lit très facilement. Il m'a rappelé certains titres de Bernard Werber pour le coté exploration, notamment les Thanatonautes ou le Papillon des étoiles pour le voyage longue distance). Contrairement aux œuvres recourant au thème des mondes parallèles, comme les séries télévisées de science-fiction aiment les mettre en œuvre, le roman ne s'intéresse pas tant à la variété humaine des mondes (ils sont tous vierges de toute civilisation, mais certainement pas de toute vie, heureusement pour les nouveaux chasseurs-cueilleurs qui les parcourent) qu'aux effet de ceux-ci sur l'humanité qui colonise lentement mais sûrement la Longue Terre, en allant de plus en plus loin, non sans finir par susciter de forts ressentiments chez la minorité de Terriens qui ne peuvent passer d'un monde à l'autre. La Longue Terre n'est pas un long fleuve tranquille : il faut réapprendre à survivre dans des milieux hostiles, et d'imperceptibles menaces se rapprochent des premiers mondes. Nul doute que les tomes à venir ne finissent par nous dire si nous sommes seuls ou pas au sein de la Longue Terre. À moins qu'ils ne s'intéressent à la Longue Mars ?

Roublard
Roublard est un tosher (traduit par ravageur en français), une jeune homme qui gagne sa vie en farfouillant dans les égouts à la recherche des objets de valeur qui peuvent y tomber ou y être charriés par l'eau de pluie. Bien que la Londres de cette époque soit d'une saleté repoussante, ce n'est pas encore le cas des égouts qui ne servent pour l'instant qu'à évacuer lesdites eaux de pluie, même si certains membres de la bonne société commencent à y balancer leurs eaux usées, ce qui est franchement révoltant, n'est-ce pas ? Roublard est connu de tous, et veille à rendre régulièrement service, parce qu'on a toujours besoin d'amis quand un coup dur se présente. Mais une nuit, Roublard se retrouve à sauver la vie d'une jeune fille qui s'enfuit hors d'un carrosse. Une jeune fille que des personnes fort peu scrupuleuses ont méchamment passé à tabac pour le compte d'autres. Le hasard veut que des personnalités connues viennent en aide à Roublard et à sa belle inconnue qu'il va désormais falloir protéger à tout prix.

Terry Pratchett s'offre ici un petit plaisir en nous plongeant dans la Londres du XIXe siècle, une Londres surpeuplée, sale et hautement criminogène. Fortement influencé par London labour and the London poor d'Henry Mayhew et les écrits de Charles Dickens, Sir Pratchett nous entraine dans les bas-quartiers et leur lot de misère à une époque où être pauvre c'était être criminel. C'est en cela que l'histoire est intéressante, car elle nous rappelle ce que la ville autrefois la plus riche du monde était réellement, à une époque où l'ascenseur social marchait d'autant moins bien qu'on n'avait pas encore inventé l'ascenseur tout court. En ce qui concerne l'intrigue, elle est assez convenue : un jeune héros du petit peuple vient au secours d'une jolie fille rejetée par des personnes nettement plus aisées, et fait appel à sa gouaillerie et à sa connaissance de la rue pour se défaire d'eux. Tout ceci est le prétexte pour rencontrer une foule de personnages historiques (y compris les plus surprenants). Le livre est agréable à lire (et instructif), et même s'il ne comptera pas parmi ses meilleurs il apporte une touche de fraîcheur et de légèreté bienvenue.
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Rincevent

Tiens, j'avais oublié de parler des derniers tomes ici. Corrigeons donc cela.

Déraillé
Dans ce tome nous retrouvons donc le directeur de la poste et vice-président de la banque d'Ankh-Morpork, j'ai nommé Moite von Lipwig, mi-escroc, mi-fripouille, mi-honnête homme. Ce dernier se fait tirer de son lit et de son train-train quotidien par le Patricien de la ville. Ce dernier a appris, agacé, qu'un hurluberlu de la campagne a inventé une machine à vapeur et qu'il vient de la présenter à Henri Roi, un entrepreneur avisé, pour lui faire la démonstration d'un nouveau mode de transport par rail utilisant la vapeur. Le Patricien n'est prêt à autoriser une telle avancée scientifique que si elle profite à la ville, mais un arrangement est vite trouvé, et l'impact psychologique de l'invention sur le public est indéniable. Très vite, le chemin de fer suscite bien des convoitises car tout le monde veut en être, aussi bien à Ankh-Morpork que dans son voisinage plus ou moins proche. Enfin tout le monde... Non, pas tout le monde, car les grags, les nains extrémistes rejetant tout ce qui n'est pas nain y voient une abomination de plus et cherchent par tous les moyens à la détruire.

Encore un tome que j'ai beaucoup aimé, mais les tomes avec Moite me semblent être les plus aboutis de toutes les Annales. On retrouve donc notre personnage obligé de courir la campagne pour assurer le succès de l'entreprise et l'extension rapide du nouveau chemin de fer, qu'il lui faudra aussi protéger de la malveillance. Le tome nous amènera dans l'arrière-pays morporkien, mais aussi chez ses voisins Quirmiens qui parodient la France, ainsi que dans bien des bleds paumés avant d'arriver en Überwald, terminus du trajet et où le Petit Roi des nains secouera un grand coup sa société. Tout comme une locomotive lancée à toute vapeur, j'ai trouvé que le récit était un peu effréné, mais ça convient bien à la situation. On retrouve en outre les gobelins rencontrés dans Coup de tabac qui poursuivent comme bien d'autres espèces avant eux la marche vers le respect et l'émancipation, et se permettent même de doubler les humains dans la courses à la technologie. Les premiers tomes des Annales nous avaient présenté un monde de magie qui se rapprochait insensiblement vers la révolution industrielle par des biais détournés, ce tome-ci marque la fin d'une ère marquée par la magie (qui persistera quoi qu'il en soit) et le début d'une autre guidée par la règle à calcul (finalement moins dangereuse et bien plus fiable).

Il ne reste plus qu'un tome à venir dans l'univers du Disque-Monde. Celui-ci, qui est le dernier que Pratchett aura écrit, conclura l'histoire elle-même "hors-série" de la jeune sorcière Tiphaine Patraque.

Et les suites de La longue Terre :

La longue guerre
On reprend l'histoire dix ans après la fin du premier tome. La colonisation suit son cours, avec son cortège de pollution, de nouvelles découvertes, de stupidité humaine. Mais deux phénomènes inquiétants se produisent. Tout d'abord les cas de maltraitance envers l'espèce trolle se multiplient et suscitent de nombreuses tensions au sein de l'humanité, dont une bonne partie n'a pas envie du tout de considérer ces créatures velues comme étant intelligentes. D'autre part, le gouvernement fédéral des États-Unis de la PrimeTerre adopte un ton et une politique résolument hostile envers les colons et n'apprécie pas que ceux-ci envisagent de déclarer leur indépendance après avoir vu leurs fonds gelés et le peu de services dont ils disposaient s'amenuiser progressivement. Une fois de plus, Josué se voit poussé par sa vieille amie Sally à sortir de son quotidien (au grand dam de son épouse) pour venir l'aider à mettre fin aux violences dont son victimes les Trolls, car leur départ au bout de la Longue Terre serait la première étape d'une catastrophe généralisée. Lobsang, le Tibétain réincarné sous forme numérique, poursuit quant à lui ses propres recherches et aimerait avoir quelqu'un qui puisse lui tenir tête.

Comme le précédent tome, ce titre se lit vite et facilement, la lecture en est très fluide et on se paie le plaisir de croiser une référence au Disque-Monde en la matière d'une auberge nommée le Tambour Rafistolé. Pour ce qui est des thèmes abordés, c'est surtout la maltraitance animale et la possibilité de reconnaissance d'une intelligence autre qui reviennent. Qu'il s'agisse des Trolls, des Kobolds ou encore d'autres créatures, on est amené à observer l'impact de l'irruption humaine sur leurs sociétés et la façon dont elles réagissent à ce changement. Pour autant, on ne ressent pas vraiment d'urgence, les personnages poursuivent leurs quêtes à leur rythme et à l'exception de la captivité de fin de roman, il n'y a pas vraiment d'enjeu ni de doute sur les risques encourus. Seule la catastrophe finale (il en faut bien une, ça doit faire partie du cahier des charges) nous met un légère pression, mais les personnages principaux sont bien à l'abri et réduits au rôle de spectateurs distants.

Bref, un tome sympa sans être extraordinaire qui recèle peu de surprises.

La longue Mars
À la fin du deuxième tome, Josué Valienté et son « amie » Sally Linsay étaient tout juste revenus d'un énième voyage dans les lointaines Terres parallèles pour découvrir que la nôtre, de Terre, venait de subir une catastrophe naturelle colossale : le réveil du Yellowstone, un supervolcan si terrible que son éruption obligea une bonne partie de l'hémisphère Nord a déménager dans les dimensions parallèles pour survivre à des années d'hiver et de cendres. On reprend donc notre récit avec les mêmes qui s'improvisent secouristes et on observe le flot de réfugiés qui comprennent qu'ils ne pourront plus retourner sur la planète bleue (cendré) avant un bon moment. Dans ce tome trois récits se déroulent en simultané : tout d'abord Sally est recontactée après des décennies de silence par son père (qui divulgua volontairement l'existence de la longue Terre). Pourquoi ? Elle découvre que ce dernier souhaite profiter de la Brèche, une dimension où la Terre n'existe pas, pour aller sur Mars et vérifier s'il s'y trouve aussi une longue Mars, et si on peut y trouver de la vie, voire de l'intelligence. De son côté, le capitaine Maggie Kauffman est envoyée avec deux dirigeables pour une nouvelle exploration de la longue Terre. Objectif : Terre-Ouest 200 000 000. Rien que ça. À sa grande « joie », elle découvrira un certains nombres de petites choses qu'on lui avait cachées et aussi devra si possible retrouver la trace d'une expédition précédente. Enfin, le héros Josué Valienté fera d'étranges découvertes au sujet de non moins étranges jeunes gens originaires de Belle-Escale, Terre lointaine où depuis des siècles et des siècles les humains ayant le don du passage atterrissent sans trop savoir comment.

La partie exploration des mondes lointains n'est pas super passionnante mais on voit que l'expédition quitte la frange de Terres abritant la vie telle qu'on la connait pour entrer dans le domaine où on ne la trouve généralement pas faute de conditions réunies. Néanmoins, on finit par arriver dans des territoires totalement inconnus, et où la vie s'est développée dans des environnements sans plus aucun rapport avec les formes de base qui nous sont familières. La partie martienne est plus rigolote, notamment par la cohabitation forcée entre Sally et le père qui l'a abandonnée presque quarante ans avant. On découvre l'inventeur du passeur, que je décrirais volontiers comme un trou-du-cul froid, savant, et sans scrupule. Toujours plus étrange, les auteurs nous présentent une longue Mars qui ne coïncide pas avec la longue Terre sauf dans la Brèche et qui, globalement,
Spoiler
est une planète morte sauf cas rares où la vie put se développer temporairement à la faveur d'activité volcanique.
La troisième intrigue (mais peut-être aussi celle de Mars) semble être celle qui nous amènera au quatrième et probablement dernier tome puisque Pratchett nous a hélas quitté, à moins que Baxter ne termine seul.

Il reste semble-t-il encore un tome à paraître dans cette série, sur les cinq que Pratchett et Baxter envisageaient d'écrire au départ. J'ignore si Baxter finira tout seul, ceci dit.
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Numby des Poissons

Je voulais savoir...
Peut-on tout saisir/apprécier "Tribulation d'un mage en Aurient" sans avoir lu tous les tomes du cycle de Rincevent auparavant ? En fait, je les ai tous lu jusqu'à Sourcellerie, mais j'ai zappé Faust Eric.
Même question pour Procrastination. J'ai lu Mortimer, Accroc au roc, je m'apprête à lire Faucheur... mais je ne connais le Père Porcher que du film. C'est suffisant, ou les références à cet opus sont-elles nombreuses ?

Aussi, que valent Procrastination, Tribulations et Faucheur ? Ayant trouvé les autres tomes de Rincevent et Mortimer excellents, Accroc au roc m'a semblé très moyen en comparaison, de même que le film Le Père Porcher était sympatoche sans être excellent... donc je me demande  [:fufufu]
"Parmi toutes les vérités de l'univers, la plus injuste est qu'on ne puisse pas ramener les morts." - Capitaine Albator
~
Auteur d'un roman de fantasy - drôle et immoral, mélancolique et lyrique. Demandez-moi, au besoin...

Rincevent

Plusieurs bonnes questions de la part du mérou. Alors...

La lecture des Annales est effectivement particulière puisque les tomes montrant un personnage ou groupe de personnage particulier ne se suivent pas forcément mais tiennent plus ou moins compte des autres, ou en tous cas de l'évolution générale du Disque.
Spoiler

En ce qui concerne les Tribulations, oui tu peux les lire en zappant Éric, dont je ne suis même pas sûr qu'il soit fait mention dans les autres tomes. Ce n'est pas toujours le cas. Par exemple, Ronde de nuit (28e tome, centré sur le Guet) devrait être lu après Procrastination (27e tome, centré sur la Mort) même si ce sont en apparence des cycles différents. Même chose pour les deux plus récents, Coup de tabac (centré sur le Guet) et Déraillé (centré sur le progrès). Les événements des précédents, dans chaque cycle, ont une influence sur ceux des nouveaux tomes, même quand ils sont parfois eux-même un peu hors-cycle. Ainsi les tomes de Tiphaine Patraque devraient plutôt être lus après ceux des sorcières.

Après, oui, certains tomes plaisent moins que d'autres. Accros du roc ou Le régiment monstrueux m'ont presque ennuyé de par leurs ambiances.
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Numby des Poissons

Merci pour ces éclaircissements, paladin du stupre. J'avais trouvé le schéma sur Wikipédia, mais c'est utile de l'avoir sur ce topic.
Tu as un avis personnel sur les trois romans que j'ai mentionné ? Et ne connaître le Père Porcher que du film (et encore, mes souvenirs sont vagues), c'est donc suffisant pour apprécier Procrastination ? J'ai pas lu le cycle des Civilisations Anciennes du tout, tu penses que c'est quand même compréhensible ?
(Parce que bon, vu le prix aux éditions Atlante, ce serait ballot que j'ai acheté des bouquins que je peux pas saisir dans leur entièreté, arf x) )
"Parmi toutes les vérités de l'univers, la plus injuste est qu'on ne puisse pas ramener les morts." - Capitaine Albator
~
Auteur d'un roman de fantasy - drôle et immoral, mélancolique et lyrique. Demandez-moi, au besoin...

Rincevent

Mmm, alors les Tribulations sont sympas, et marquent le début de la normalisation des rapports entre Rincevent et l'Université de l'Invisible (par la suite il sera progressivement relégué au statut de cobaye commis d'office puis de spectateur), et concluent l'histoire entamée dans les deux premiers tomes avec Deux-Fleurs, Cohen et sa bande finissant leur course dans Le dernier héros (roman illustré). Le faucheur est le deuxième tome centré sur la Mort et introduit ses "ennemis" qui referont surface dans d'autres tomes. Mieux vaut le lire avant Procrastination. Quant à ce dernier, je ne me souviens plus trop de lui en fait, sauf qu'il y est question de personnifications anthropomorphiques et du temps. Pour ce qui est des civilisations anciennes, ce sont des stand-alones, Pyramides étant sympa mais vraiment anecdotique, et Les petits dieux étant difficile à placer au niveau temporel mais intéressants car abordant en détail la nature des dieux sur le Disque et leur sort pas forcément très enviable à très long terme.
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Numby des Poissons

J'en prend bonne note. Continue comme ça et je t'autoriserai à devenir un de mes bêta-lecteurs, un jour  [:poutpout]
"Parmi toutes les vérités de l'univers, la plus injuste est qu'on ne puisse pas ramener les morts." - Capitaine Albator
~
Auteur d'un roman de fantasy - drôle et immoral, mélancolique et lyrique. Demandez-moi, au besoin...

Rincevent

Mais je suis déjà bêta ! Je n'ai pas besoin de ta proposition. [:kred]
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Pfedac

Le tout dernier Pratchett qui sortira jamais est sorti... The Shepherd's Crown
[:mtears]

Et ces enfoirés du Guardian ont fait une review qui tient plus de l'étalage de spoilers par un mec qui n'a pas compris grand chose au Disque-Monde que de la vraie critique. Résultat je me suis pris un énorme spoil en pleine tronche
[:homer1]


La seule chose qui me console c'est que j'ai encore une petite dizaine à lire avant d'y arriver... et de toute façon j'attends la VF (gloire à Patrick Couton!)
Scorpio fangirl, tous !
Gardienne de l'espoir en TLC saison 3
Grande invocatrice des bisounours et de Mon Petit Poney.

Rincevent

Le dernier Disque-Monde oui, mais pas le dernier Pratchett. [:aloy]
Il reste encore deux tomes de la Longue Terre, divers volumes à divers stades d'écriture, et quelques projets persos plus ou moins aboutis.
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Pfedac

Citation de: Rincevent le 09 Septembre 2015 à 21:12:51
Le dernier Disque-Monde oui, mais pas le dernier Pratchett. [:aloy]
Il reste encore deux tomes de la Longue Terre, divers volumes à divers stades d'écriture, et quelques projets persos plus ou moins aboutis.
Pas encore lu tous les non Dique-Monde, en fait j'en ai pas lu beaucoup, juste les deux SF, De bons présages et Roublard, que j'ai beaucoup aimé mais je suis plus que faible face à tout ce qui ressemble à l'Angleterre du 19e siècle). De bons présages aussi hein, mais pas besoin de justifier.
Mais le dernier Disque-Monde quoi, j'ai eu l'oeil humide en voyant ça.   [:azucry]
Scorpio fangirl, tous !
Gardienne de l'espoir en TLC saison 3
Grande invocatrice des bisounours et de Mon Petit Poney.

Rincevent

Et oué. Quarante-cinq bouquins quand même... Un sacré monument. [:pfft]
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Damien

Une peinture de Paul Kidby :


Une bonne occasion pour le druide de changer d'avatar :o

D's©
Lífið er leikhús, leikhús er alls staðar...

Rincevent

Elle est déjà ancienne, celle-là. Elle avait été faite pour Le dernier continent (2003), où Moi se retrouve sur le continent Xxxx (équivalent discal de l'Australie).

Et je ne vois aucune raison de changer d'avatar. Enfin, casse pas la tête, mec !
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Pfedac

La joie en voyant que le sujet était remonté:   [:jump]
La déception en voyant pourquoi... :(
Scorpio fangirl, tous !
Gardienne de l'espoir en TLC saison 3
Grande invocatrice des bisounours et de Mon Petit Poney.

Rincevent

Si ça peut compenser un peu ta déception, le quatrième tome de La longue Terre sort fin mars. :D
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Rincevent

Enfin lu le tout tout dernier tome des annales, La couronne du berger.

Spoiler
Ce tome est la suite des aventures de Tiphaine Patraque. Il commence par un événement qui secoue littéralement le Disque : le décès de Mémé Ciredutemps, qui a eu le temps de mettre sa chaumière en ordre et de préparer ses funérailles. La cheffe que les sorcières n'ont pas vient de s'éteindre, et la place sera convoitée par les anciennes de la profession. Sauf que... Mémé a déjà désigné celle qui doit lui succéder : la jeune Tiphaine Patraque elle-même, dont tout le monde a pu constater à quel point elle est puissante. En parallèle, d'autres événements se mettent en branle : la reine des elfes (tout le monde se souvient de ces sales petites ordures qui charment le monde avec le gueulamour ?) est sur le point de se faire détrôner par un prétendant enhardi par le décès de la gardienne de l'humanité, pendant qu'un jeune noble idéaliste et benjamin de sa famille finit par fuir un père tyrannique, accompagné de Méphistophélès, son bouc extraordinairement intelligent. Que compte-t-il faire ? Très simplement, il va devenir sorcière. Ah oui, pour un homme ça va être un peu compliqué...

Une lecture toujours aussi agréable, mais qui m'a laissé un goût étrange, parce que je savais que je devais dire adieu à cet univers que j'ai tant aimé, et à un personnage ô combien emblématique. On se raccroche un peu aux derniers tomes par la présence en toile de fond des gobelins et du chemin de fer, mais on retrouve surtout l'univers des sorcières, occasion de revoir celles qui avaient croisé la route d'Esmé Ciredutemps au fil des tomes. Un univers impitoyable où on est toujours prêt à se tirer dans les pattes alors qu'il y a toujours plus important à faire. C'est aussi l'occasion de retrouver une Tiphaine presque adulte, mais qui peine à gérer son Causse natal ainsi que les vallées de Lancre sous le joug la surveillance """bienveillante""" de Mémé.

Ainsi prend fin mon cheminement sur le Disque, vingt-cinq ou vingt-six ans après avoir gagné les cinq premiers tome à un concours de Player One. Je n'eus pas de playstation, mais je reçus à la place les clés ouvrant les portes de l'imaginaire le plus débridé et le plus farfelu qui soit. Merci pour tout, Sir Terry Pratchett. Quel dommage que vous n'ayez pu, vous aussi, continuer à utiliser ce petit carton "Chus pas mort".

La tortue se meut.
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.

Rincevent

Pour info, une série courte centrée sur le Guet va sortir. J'attends de voir ce que ça va donner. Autant je ne me pose pas de questions niveau humour, autant les effets spéciaux et décors ont intérêt à assurer. :o
https://www.actualitte.com/article/culture-arts-lettres/bbc-studios-annonce-une-serie-inspiree-du-disque-monde-de-terry-pratchett/87601
L'important n'est pas de savoir vers où on s'enfuit, mais de savoir ce qu'on fuit.